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Les « koufiyine » : quand la Palestine devient un fonds de commerce politique

Le soutien à la Palestine ne donne à personne le monopole de la morale. Chronexium dénonce la surenchère militante et ses dérives politiques.

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Les « koufiyine » : quand la Palestine devient un fonds de commerce politique
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La Palestine mérite des défenseurs, pas des propriétaires

Il est des causes qui dépassent les frontières, les idéologies et les appartenances politiques. La cause palestinienne en fait incontestablement partie. Mais au Maroc, un phénomène mérite aujourd'hui d'être dénoncé : celui des « koufiyine », ces militants qui semblent avoir transformé le keffieh palestinien en brevet de vertu et la solidarité en instrument de pression politique.

Qu'on ne s'y trompe pas : le problème n'est ni le keffieh, symbole respectable de l'identité palestinienne, ni les manifestations de solidarité, qui participent légitimement à la liberté d'expression. Le problème commence lorsque certains s'arrogent le monopole de la compassion, distribuent des certificats de bonne conduite patriotique et prétendent décider qui a le droit de soutenir la Palestine et de quelle manière.

La Palestine n'appartient à aucun parti, aucune association, aucun courant idéologique et encore moins à ceux qui crient le plus fort.

L'indignation à géométrie variable

Chez certains militants que nous désignons ici comme les « koufiyine », la solidarité semble parfois se mesurer au nombre de slogans scandés, de manifestations organisées ou de publications diffusées sur les réseaux sociaux.

La question mérite pourtant d'être posée : quelle est la finalité réelle de cette agitation lorsqu'elle sert davantage à attaquer des adversaires marocains qu'à faire avancer concrètement les droits des Palestiniens ?

La critique des décisions politiques est parfaitement légitime. Mais transformer chaque désaccord sur la diplomatie marocaine en accusation de trahison constitue une dérive dangereuse.

On peut défendre les droits du peuple palestinien sans épouser les positions d'un mouvement particulier. On peut condamner les souffrances à Gaza sans adhérer à toutes les revendications de ceux qui manifestent en son nom. Et l'on peut soutenir la Palestine tout en considérant que les intérêts stratégiques du Maroc ne doivent pas être dictés par la pression de la rue.

Aucun militant ne possède le droit de retirer à un Marocain sa solidarité avec la Palestine sous prétexte qu'il ne partage pas ses choix politiques.

Quand la cause palestinienne devient une arme contre le Maroc

C'est probablement la dérive la plus préoccupante : la tentation d'importer un conflit international au cœur du débat national pour en faire un instrument permanent de confrontation.

Sous couvert de défendre les Palestiniens, certains discours déplacent progressivement le centre de gravité du débat. Il n'est plus seulement question de Gaza, de Jérusalem, des civils ou du droit international. Il s'agit aussi de désigner des responsables au Maroc, de mettre en accusation ses institutions et de faire de chaque choix diplomatique un test de loyauté morale.

Pourtant, les faits méritent d'être rappelés.

En juillet 2025, le Maroc annonçait l'envoi de près de 180 tonnes d'aide humanitaire et médicale destinée aux Palestiniens, notamment aux habitants de Gaza. En août de la même année, une aide supplémentaire d'environ 100 tonnes de denrées alimentaires et de médicaments était annoncée.

Ces initiatives ne signifient pas que la politique marocaine échappe à la critique. Elles démontrent simplement qu'il serait intellectuellement malhonnête de réduire la solidarité du Royaume à quelques slogans ou à une caricature de son action diplomatique.

Défendre la Palestine ne devrait jamais devenir un prétexte pour nier systématiquement les actions entreprises par son propre pays.

Le keffieh ne remplace ni les résultats ni la responsabilité

Un symbole peut porter une histoire, exprimer une résistance et rappeler une injustice. Mais il ne saurait dispenser celui qui le porte de toute réflexion critique.

Le keffieh n'est pas un programme politique. Une manifestation n'est pas, à elle seule, une stratégie diplomatique. Et une indignation, aussi sincère soit-elle, ne constitue pas automatiquement une réponse aux besoins d'une population meurtrie.

La solidarité véritable devrait également se mesurer à sa capacité à mobiliser de l'aide humanitaire, à soutenir les victimes, à défendre des solutions politiques crédibles et à maintenir la question palestinienne au centre des préoccupations internationales.

Les militants qui accomplissent ce travail méritent le respect.

Ceux qui préfèrent transformer la souffrance des Palestiniens en tribune permanente devraient, en revanche, accepter une question simple : que reste-t-il de leur mobilisation une fois les caméras éteintes et les slogans terminés ?

Il serait injuste de prétendre que toutes les mobilisations sont inutiles. Elles peuvent sensibiliser l'opinion et exercer une pression politique. Mais leur légitimité ne les place pas au-dessus de la critique, particulièrement lorsque le débat se transforme en intimidation morale.

Le patriotisme marocain n'est pas négociable

Le Maroc entretient une relation historique avec la question palestinienne. Le Royaume préside le Comité Al-Qods et intervient notamment à travers l'Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif.

Cette implication s'inscrit dans une politique qui combine engagements diplomatiques, actions humanitaires et défense des intérêts nationaux.

On peut débattre de son efficacité, de ses contradictions ou des décisions qui la composent. Mais il faut refuser l'idée selon laquelle le soutien à la Palestine imposerait aux Marocains de renoncer à leur propre lecture des intérêts du Royaume.

Être solidaire des Palestiniens ne signifie pas placer son pays au second plan.

Le Maroc n'a pas à recevoir de leçons de patriotisme de ceux qui confondent parfois l'intensité de leurs slogans avec la profondeur de leurs convictions.

Et les citoyens marocains n'ont pas à choisir entre leur attachement à leur pays et leur compassion envers le peuple palestinien.

La Palestine a besoin de solidarité, pas de surenchère

À force de vouloir parler au nom de tous, certains finissent par confisquer le débat. À force de présenter chaque désaccord comme une faute morale, ils risquent de détourner d'une cause pourtant largement partagée des citoyens qui refusent simplement les injonctions idéologiques.

C'est là tout le paradoxe de cette surenchère : prétendre rassembler autour de la Palestine tout en divisant la société marocaine sur les modalités de son soutien.

La solidarité ne se décrète pas. Elle ne s'impose pas par les accusations, les insultes ou les mises en demeure publiques.

Elle se construit par la conviction, la cohérence et l'action.

Une cause trop importante pour devenir un instrument politique

La cause palestinienne mérite mieux que les rivalités partisanes, les calculs de visibilité et les concours d'indignation.

Les Palestiniens ne sont pas des figurants dans les batailles politiques marocaines. Leur souffrance ne devrait servir ni de raccourci vers la notoriété ni d'argument automatique pour disqualifier un adversaire.

Les « koufiyine » qui utilisent cette cause comme un instrument de domination du débat public doivent comprendre une chose : porter un keffieh ne donne aucune supériorité morale sur ceux qui choisissent d'autres formes de solidarité.

On ne mesure pas l'amour de la Palestine au nombre de fois où l'on attaque le Maroc. Et l'on ne devient pas un meilleur défenseur des Palestiniens simplement parce que l'on parle plus fort que les autres.

La Palestine mérite des engagements sincères, des résultats et une solidarité qui rassemble.

Pas une compétition pour savoir qui possède le plus grand monopole sur sa souffrance.

L’AUTEUR

Youssef Boulayoun ↗

La lecture continue.

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