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Sahara marocain : Washington prépare un tournant historique à l’ONU

Le projet américain sur le Sahara propose de faire de l'autonomie sous souveraineté marocaine l'unique solution réalisable et de transformer la MINURSO en mission politique.

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Sahara marocain : Washington prépare un tournant historique à l’ONU
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Un tournant diplomatique majeur se dessine autour du dossier du Sahara marocain. À quelques jours du renouvellement du mandat de la MINURSO, prévu avant le 31 octobre 2026, les États-Unis ont élaboré un projet de résolution qui pourrait profondément modifier l'approche des Nations unies.

Le document, dont les principales dispositions ont été rendues publiques ce jeudi 22 octobre, propose de faire du plan d'autonomie sous souveraineté marocaine l'unique base des négociations, d'abandonner la référence au référendum dans le nom de la mission onusienne et de transformer progressivement cette dernière en mission politique.

Pour Rabat, l'enjeu est considérable : il ne s'agirait plus uniquement d'obtenir un soutien diplomatique à son initiative, mais de voir le Conseil de sécurité inscrire cette dernière comme l'unique solution réalisable au différend.

Le texte demeure toutefois un projet soumis aux négociations entre les membres du Conseil de sécurité. Ses dispositions peuvent encore être modifiées avant un éventuel vote.

 
 

L'autonomie sous souveraineté marocaine érigée en seule solution réalisable

Le passage le plus déterminant du projet figure dans son neuvième paragraphe opératif.

Washington propose que le Conseil de sécurité considère une autonomie véritable sous souveraineté marocaine comme l'unique solution réalisable pour parvenir à un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend.

Cette formulation représente une évolution importante par rapport à la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025.

Cette dernière avait déjà consacré la proposition marocaine d'autonomie comme base des négociations, en reconnaissant qu'une autonomie véritable pouvait constituer l'issue la plus réalisable.

Le projet américain de 2026 franchit une nouvelle étape : il ne présente plus l'autonomie comme une possibilité parmi d'autres, mais comme la seule voie politique jugée réalisable.

La différence peut sembler subtile dans sa formulation, mais elle est considérable sur le plan diplomatique.

Depuis la présentation de son initiative d'autonomie en 2007, le Maroc défend une solution reposant sur une large gestion des affaires locales par les populations sahraouies, dans le cadre de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Royaume.

Si le Conseil de sécurité adoptait la rédaction américaine, cette approche bénéficierait d'un ancrage politique international considérablement renforcé.

Il conviendrait néanmoins de distinguer ce soutien au cadre de négociation d'une reconnaissance juridique définitive de la souveraineté marocaine par les Nations unies.

 

La MINURSO pourrait perdre sa référence au référendum

Le changement le plus spectaculaire concerne l'avenir de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental, connue sous l'acronyme MINURSO.

Créée en 1991, cette mission devait initialement accompagner un processus de règlement comprenant l'organisation d'un référendum. Les divergences persistantes entre les parties ont empêché la concrétisation de ce mécanisme.

Plus de trois décennies plus tard, les États-Unis proposent d'en modifier radicalement la vocation.

Selon le document examiné, la mission serait rebaptisée MINUSO, pour « Mission des Nations unies pour une solution politique au Sahara occidental ».

La disparition du mot « référendum » constituerait un changement symbolique majeur.

Elle traduirait une orientation plus explicite vers la recherche d'un accord politique, plutôt que vers la réalisation du dispositif référendaire initial.

Mais le projet ne s'arrête pas à une modification de dénomination.

Il prévoit également un calendrier de transformation :

  • 15 décembre 2026 : présentation de propositions détaillées concernant la future mission politique.

  • 31 janvier 2027 : réduction d'au moins 50 % des effectifs en uniforme autorisés.

  • 30 avril 2027 : fin proposée du mandat de maintien de la paix.

  • 1er mai 2027 : transformation en mission politique spéciale, avec un mandat envisagé jusqu'au 31 octobre 2027.

Cette réorganisation marquerait une rupture importante dans l'histoire de la présence onusienne au Sahara.

Elle soulèverait également des questions pratiques sur le maintien des capacités de surveillance, le déminage et la prévention d'une nouvelle escalade militaire.

 

Washington impose le plan marocain comme cadre exclusif des négociations

Le projet américain revient également sur trois cycles de discussions directes organisés à Washington et Madrid.

Ces rencontres auraient réuni le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie, sous l'impulsion des États-Unis et avec l'appui de l'envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura.

Le document souligne que les négociations se sont appuyées sur une version élargie et actualisée de la proposition marocaine d'autonomie.

Il appelle désormais les parties à poursuivre leurs discussions sur cette seule base.

Cette orientation aurait pour conséquence de réduire considérablement la place des autres scénarios, notamment celui d'une indépendance du territoire, historiquement défendu par le Polisario.

Pour la diplomatie marocaine, il s'agirait de l'aboutissement d'une stratégie poursuivie depuis près de vingt ans : faire reconnaître l'autonomie comme la voie privilégiée, puis exclusive, d'un règlement négocié.

Ce repositionnement ne constitue pas encore un accord entre les parties. Il reflète cependant la direction dans laquelle Washington souhaite entraîner le Conseil de sécurité.

 

L'Algérie placée au cœur du processus de règlement

Autre élément politiquement sensible : la place accordée à l'Algérie.

Le texte américain mentionne explicitement Alger parmi les participants aux trois cycles de négociations, aux côtés du Maroc, du Polisario et de la Mauritanie.

Cette référence revêt une importance particulière dans un dossier où l'Algérie affirme soutenir le droit à l'autodétermination des Sahraouis tout en contestant être une partie directe au conflit au même titre que Rabat et le Polisario.

De son côté, le Maroc considère depuis longtemps qu'aucun règlement durable ne peut être obtenu sans une implication effective de l'Algérie, principal soutien politique et diplomatique du mouvement indépendantiste.

Le projet américain semble privilégier une approche régionale et directe, dans laquelle chacun des acteurs influents serait appelé à contribuer au règlement.

Il ne modifie pas automatiquement le statut juridique de l'Algérie, mais accentue la pression politique en faveur de sa participation active aux discussions.

Pour Rabat, cette orientation correspond à une revendication diplomatique ancienne : sortir d'un face-à-face limité au Maroc et au Polisario pour traiter le différend dans toutes ses dimensions régionales.

Donald Trump au centre de la nouvelle offensive diplomatique

Le projet met également en avant le rôle personnel du président américain Donald Trump.

Son cinquième paragraphe préambulaire salue son leadership dans les efforts de règlement et prend acte de son appel à engager sans délai des négociations fondées exclusivement sur le plan marocain.

Cette référence s'inscrit dans la continuité de la décision américaine de décembre 2020, lorsque Donald Trump avait officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara.

La démarche actuelle semble aller plus loin.

Washington chercherait désormais à traduire sa position nationale en une orientation collective du Conseil de sécurité.

C'est précisément ce qui donne au projet son importance : une reconnaissance américaine et une résolution de l'ONU ne produisent pas les mêmes effets diplomatiques.

L'adoption de telles dispositions constituerait donc une avancée majeure pour le Maroc, bien au-delà du soutien bilatéral déjà acquis auprès de Washington.

Smara : une condamnation explicite des attaques

Le texte comporte également une condamnation de l'attaque du 5 mai 2026 contre la ville de Smara.

Cette disposition est particulièrement significative pour le Maroc, qui insiste sur les conséquences sécuritaires de la persistance du conflit et sur la nécessité de protéger les populations civiles.

Le projet regrette par ailleurs l'absence d'engagement substantiel d'une partie dans les négociations, sans la désigner nommément.

Il souligne l'importance d'un engagement clair et inconditionnel en faveur de la cessation des hostilités.

Enfin, il prévoit que le Conseil de sécurité puisse envisager des mesures supplémentaires si les parties ne coopèrent pas de manière constructive au processus politique.

Une telle formulation introduirait une pression diplomatique supplémentaire sur les acteurs susceptibles de bloquer les discussions.

Tindouf : Washington demande un recensement des réfugiés sous six mois

La question des camps de Tindouf occupe une place importante dans le document américain.

Le projet exprime sa profonde préoccupation face à la prolongation du déplacement des populations et à la dégradation des conditions humanitaires.

Il demande au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) d'achever l'enregistrement des populations vivant dans la région de Tindouf dans un délai de six mois.

Le texte insiste également sur la nécessité de garantir un accès sans entrave aux opérations d'enregistrement et aux évaluations des solutions durables, conformément au droit international et aux normes du HCR.

Cette mesure répond à une question régulièrement soulevée par le Maroc, qui réclame depuis longtemps un recensement individuel des populations présentes dans les camps.

Au-delà des divergences politiques, un tel dispositif permettrait de disposer de données démographiques plus précises et de mieux identifier les besoins de protection et d'assistance des personnes concernées.

Le projet met également l'accent sur des solutions volontaires, individuelles et durables, sous la supervision du HCR.

Le Polisario menace de se retirer du processus

La publication des dispositions du projet américain a provoqué une réaction hostile du Front Polisario.

Selon la presse marocaine, le mouvement a adressé le 22 octobre une lettre à la présidence du Conseil de sécurité, dénonçant une rupture avec le cadre juridique et politique qu'il défend.

Le Polisario conteste notamment la transformation envisagée de la MINURSO et la limitation des négociations à la seule proposition marocaine d'autonomie.

Il menace de se retirer du processus si le projet n'est pas substantiellement modifié.

Cette réaction illustre l'ampleur du désaccord entre les parties, mais également l'enjeu du vote à venir.

Pour les États-Unis, le défi sera d'obtenir un texte suffisamment ferme pour imprimer une nouvelle direction au processus, tout en réunissant le soutien nécessaire au Conseil de sécurité.

 

Un tournant décisif pour le Maroc, mais une bataille diplomatique encore ouverte

Le projet américain apparaît comme l'une des initiatives les plus ambitieuses proposées au Conseil de sécurité sur le dossier du Sahara depuis plusieurs décennies.

Il rassemble dans un même document plusieurs objectifs défendus de longue date par Rabat : la centralité de l'autonomie sous souveraineté marocaine, la transformation du mandat de la MINURSO, l'implication de l'Algérie dans les négociations et le recensement des populations de Tindouf.

Son adoption dans sa rédaction actuelle représenterait une victoire diplomatique majeure pour le Royaume.

Mais l'issue demeure ouverte.

Les membres du Conseil de sécurité peuvent demander des modifications, et les équilibres entre grandes puissances joueront un rôle déterminant dans la rédaction finale.

La Russie et la Chine, notamment, disposent chacune d'un droit de veto et peuvent peser sur les discussions. L'attitude des autres membres influencera également les compromis nécessaires.

La résolution 2797 avait été adoptée en 2025 par onze voix favorables, trois abstentions et une absence de participation au vote, celle de l'Algérie. Ce précédent rappelle qu'un accord sur le Sahara demeure le résultat de négociations diplomatiques complexes.

 

Pour le Maroc, une chose semble toutefois se confirmer : le centre de gravité diplomatique du dossier continue de se déplacer vers sa proposition d'autonomie.

Après des décennies marquées par l'immobilisme, le débat semble désormais porter moins sur la recherche d'une multitude de scénarios que sur les conditions politiques, institutionnelles et juridiques d'une autonomie négociée.

Le prochain vote du Conseil de sécurité dira si cette orientation devient officiellement la nouvelle ligne directrice des Nations unies ou si les négociations imposeront une rédaction moins ambitieuse.

Dans l'immédiat, Washington a posé sur la table un texte qui, s'il est adopté dans sa substance, pourrait profondément transformer l'avenir du dossier du Sahara marocain.

Pour comprendre le sujet

Dossier : Sahara : territoire, histoire et diplomatie →
L’AUTEUR

Youssef Boulayoun ↗

La lecture continue.

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