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Sahara marocain : le projet de résolution 2026 ouvre une nouvelle étape diplomatique

Le projet américain de résolution sur le Sahara marocain contient plusieurs évolutions par rapport à 2025. Décryptage des changements concernant l'autonomie, la MINURSO, la représentation sahraouie et Tindouf.

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Sahara marocain : le projet de résolution 2026 ouvre une nouvelle étape diplomatique
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À quelques heures d'un vote attendu au Conseil de sécurité des Nations unies, un nouveau projet de résolution américain sur le Sahara marocain suscite une attention particulière. Le document, dont plusieurs versions ont circulé ces derniers jours et dont Chronexium a examiné les principales dispositions, pourrait marquer une évolution importante dans le traitement international du différend régional.

Loin de se limiter à la prolongation annuelle du mandat de la MINURSO, le texte propose de modifier le cadre des négociations, de revoir l'identité de la mission onusienne et d'élargir les consultations à des composantes sahraouies jusqu'ici extérieures au processus formel.

Comparé à la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, le projet de 2026 contient plusieurs évolutions qui conforteraient la position diplomatique défendue par Rabat depuis près de deux décennies.

Si ces dispositions sont adoptées, le Conseil de sécurité pourrait franchir une nouvelle étape dans l'évolution du processus politique, en faisant de l'autonomie sous souveraineté marocaine le cadre de référence central du règlement.

De 2025 à 2026 : une évolution déterminante dans les formulations

Pour mesurer la portée du document, il faut revenir à la résolution 2797 de 2025.

Ce texte avait déjà représenté une évolution diplomatique importante en plaçant explicitement la proposition marocaine d'autonomie au fondement des négociations et en reconnaissant qu'une autonomie véritable pourrait constituer une issue particulièrement réalisable.

Le projet de 2026 franchirait une étape supplémentaire.

Son cinquième paragraphe opératoire prévoit que les discussions se poursuivent en utilisant la proposition marocaine d'autonomie élargie et actualisée comme seule base de négociation.

La différence mérite d'être soulignée.

En 2025, le plan marocain était considéré comme une base pour parvenir à une solution politique mutuellement acceptable. En 2026, la formulation proposée entend faire de cette initiative l'unique référence des pourparlers.

Pour Rabat, cette évolution pourrait avoir des conséquences concrètes : le processus ne porterait plus sur une confrontation ouverte entre plusieurs projets de statut final, mais sur les modalités d'une solution négociée à partir de l'autonomie marocaine.

Le texte maintient toutefois les références à l'autodétermination et à une solution politique mutuellement acceptable, ce qui confirme que le règlement définitif reste à négocier.

L'autonomie sous souveraineté marocaine gagne en précision

Autre changement significatif : la manière dont l'autonomie est présentée.

Le projet fait explicitement référence à une véritable autonomie sous souveraineté marocaine, présentée comme la solution la plus réalisable au différend.

Cette formulation apparaît notamment dans le préambule du document communiqué.

La nuance est importante. La résolution 2797 de 2025 employait une formulation prudente, indiquant que l'autonomie pouvait représenter une issue parmi les plus réalisables. Le nouveau projet propose une appréciation plus affirmative.

Cette évolution reflète le renforcement du soutien international à l'initiative présentée par le Maroc en 2007.

Elle ne doit cependant pas être confondue avec une reconnaissance juridique collective et définitive de la souveraineté marocaine par les Nations unies.

La portée du changement se situe principalement dans l'orientation donnée aux négociations.

Pour la diplomatie marocaine, l'enjeu consiste désormais à transformer le soutien politique croissant à l'autonomie en un cadre de règlement concret, accompagné de garanties institutionnelles et de mécanismes de représentation.

La MINURSO pourrait perdre sa référence au référendum

L'une des propositions les plus symboliques du projet concerne la mission des Nations unies déployée au Sahara depuis 1991.

La MINURSO, créée pour surveiller le cessez-le-feu et organiser un référendum, pourrait devenir la Mission des Nations unies au Sahara occidental, ou MINUSO.

Le changement paraît limité à une lettre dans l'acronyme. Pourtant, il porte une signification diplomatique considérable.

Depuis trente-cinq ans, la mission conserve dans son nom une référence à un référendum qui n'a jamais pu être organisé, notamment en raison des désaccords persistants sur ses modalités.

Le projet prévoit également une réflexion sur l'évolution de son mandat et de ses moyens.

Selon la version communiquée, le secrétaire général de l'ONU serait appelé à présenter des propositions détaillées concernant les effectifs, la réorganisation des équipes et les possibilités de restructuration de la mission.

Le texte évoque notamment une réduction des personnels en uniforme et la fermeture ou le regroupement de certains sites.

Contrairement aux premières moutures américaines, qui envisageaient des réductions automatiques et un calendrier contraignant, les versions révisées privilégient une transformation encadrée par les recommandations du secrétaire général.

Une telle évolution signifierait que le dispositif onusien serait progressivement adapté à un processus de négociation politique.

La suppression du terme « référendum » dans le nom de la mission ne suffirait toutefois pas, à elle seule, à régler juridiquement la question de l'autodétermination.

Une nouveauté majeure : consulter les Sahraouis au-delà du Polisario

C'est probablement l'une des dispositions les plus importantes du projet.

Son sixième paragraphe opératoire demande à l'envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, de consulter un large éventail de composantes et d'interlocuteurs sahraouis.

Ces consultations incluraient les habitants du territoire, les personnes installées dans les camps de Tindouf, la diaspora et des acteurs qui ne participent pas actuellement aux négociations officielles.

Cette disposition pourrait modifier la dynamique politique du dossier.

Depuis plusieurs décennies, le Front Polisario occupe une place centrale dans les négociations internationales en tant qu'interlocuteur du processus onusien.

L'ouverture envisagée ne lui retirerait pas automatiquement cette qualité. Elle permettrait néanmoins à d'autres voix sahraouies d'être directement entendues par l'ONU.

Élus locaux, représentants associatifs, personnalités indépendantes ou mouvements favorables à l'autonomie pourraient ainsi contribuer à l'examen des différentes dimensions du règlement.

Pour le Maroc, qui met régulièrement en avant la représentation démocratique des habitants des provinces du Sud dans ses institutions nationales et territoriales, cette ouverture pourrait constituer un argument diplomatique supplémentaire.

Elle poserait aussi une question fondamentale : la diversité des positions politiques sahraouies peut-elle être prise en considération dans un processus longtemps structuré autour d'un nombre limité d'interlocuteurs ?

La réponse dépendra des modalités concrètes des consultations et de leur indépendance.

Tindouf : le dossier du recensement revient au premier plan

Le projet aborde également une question ancienne, mais toujours sensible : l'enregistrement des populations réfugiées dans les camps de Tindouf, sur le territoire algérien.

Son neuvième paragraphe opératoire demande au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés d'achever leur enregistrement dans un délai de six mois, conformément au droit international et aux pratiques du HCR.

Le document appelle les parties concernées à faciliter l'accès aux camps et la liberté de circulation nécessaires à cette opération.

La question du recensement a régulièrement été soulevée par le Maroc, qui réclame davantage de transparence sur le nombre et la situation des personnes vivant dans ces camps.

Un enregistrement individuel pourrait améliorer la fiabilité des données humanitaires, faciliter l'identification des besoins et contribuer à la recherche de solutions durables pour les populations concernées.

Il convient néanmoins de préciser que le recensement des réfugiés est une question humanitaire distincte de la détermination du statut politique du territoire.

L'inscription d'un délai précis dans le dispositif d'une éventuelle résolution donnerait cependant une portée opérationnelle nouvelle à un dossier longtemps débattu.

Washington et Donald Trump renforcent leur rôle diplomatique

Le projet américain reflète également la place prise par Washington dans la relance du processus.

Son préambule mentionne trois cycles de discussions directes organisés à Washington et à Madrid, associant le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie.

Il fait également référence au rôle du président américain Donald Trump dans la recherche d'un règlement.

Cette implication s'inscrit dans la continuité du soutien américain à la souveraineté marocaine sur le Sahara, annoncé en décembre 2020.

Les États-Unis souhaitent manifestement accélérer le processus diplomatique et obtenir des avancées concrètes.

Cependant, les négociations autour du texte ont également montré que certains membres du Conseil de sécurité tenaient à préserver le rôle central des Nations unies.

La formulation révisée maintient donc le secrétaire général António Guterres et son envoyé personnel au cœur du dispositif, tout en reconnaissant la contribution américaine.

Pour Rabat, cette combinaison permettrait d'associer l'appui stratégique de Washington à la légitimité institutionnelle du processus onusien.

Un texte plus favorable au Maroc, mais encore soumis au vote

L'analyse des dispositions proposées fait apparaître une évolution sur plusieurs plans.

L'autonomie marocaine pourrait devenir l'unique base des pourparlers. La souveraineté marocaine serait mentionnée plus explicitement dans l'appréciation de la solution politique. La mission onusienne pourrait changer de dénomination et de fonctionnement. Enfin, le processus intégrerait davantage de voix sahraouies et donnerait une nouvelle impulsion au dossier de Tindouf.

Mais le projet conserve aussi des éléments essentiels du cadre juridique onusien : le principe d'autodétermination, la nécessité d'une solution durable et mutuellement acceptable, ainsi que la poursuite des efforts diplomatiques sous l'égide des Nations unies.

Pour le Maroc, les nouvelles formulations constitueraient un renforcement de sa position dans les négociations.

Pour le Front Polisario, qui défend l'option de l'indépendance, le recentrage du processus autour de la seule initiative marocaine représente un changement profondément contesté.

Le Conseil de sécurité devra donc déterminer si cette nouvelle architecture peut contribuer à rapprocher les parties d'un règlement.

Conclusion : 2025 avait fixé le cap, 2026 pourrait en préciser les modalités

La résolution 2797 de 2025 avait placé l'initiative marocaine d'autonomie au centre du processus politique.

Le projet de 2026 propose d'aller plus loin en précisant la base des négociations, en envisageant la transformation de la présence onusienne et en élargissant les consultations aux populations directement concernées.

Ces changements constitueraient, pour la diplomatie marocaine, une consolidation significative des acquis de l'année précédente.

La question décisive sera désormais celle de leur traduction concrète.

Car au-delà des formulations diplomatiques, l'avenir du Sahara dépendra de la capacité des négociateurs à transformer un cadre politique en un accord durable, doté de garanties institutionnelles et accepté dans le cadre du processus onusien.

Au 30 octobre 2026, le projet représente une évolution potentiellement majeure. Son adoption et ses dispositions définitives restent toutefois suspendues au vote du Conseil de sécurité.

 

Tableau comparatif : ce qui change réellement

Sujet

Résolution 2797 (2025)

Projet 2026

Plan d'autonomie

Une base des négociations

La seule base des négociations

Souveraineté marocaine

Référence au plan marocain et à une autonomie véritable

Autonomie sous souveraineté marocaine explicitement présentée comme la solution la plus réalisable

MINURSO

Maintien du nom et du mandat

Changement de nom et restructuration proposés

Représentation sahraouie

Pas de dispositif équivalent

Consultations élargies au-delà des parties

Camps de Tindouf

Pas de délai d'enregistrement dans les dispositions opératoires

Demande d'enregistrement sous six mois

Mandat de la mission

Jusqu'au 31 octobre 2026

Prolongation proposée jusqu'au 31 octobre 2027

Rôle américain

Soutien au processus

Rôle de facilitation explicitement reconnu

Comparaison fondée sur la résolution officielle 2797 et les projets d'octobre 2026.

Pour comprendre le sujet

Dossier : Sahara : territoire, histoire et diplomatie →
L’AUTEUR

Youssef Boulayoun ↗

La lecture continue.

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