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Abdelaziz Barik, le député qui porte la voix des montagnes

Originaire d'Imilchil, Abdelaziz Barik, connu sous le nom d'Oussama Barik, est devenu député de Midelt en 2026. Retour sur une ascension politique atypique.

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Abdelaziz Barik, le député qui porte la voix des montagnes
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De ses premières vidéos dénonçant l'isolement des villages du Moyen Atlas jusqu'aux bancs du Parlement marocain, Abdelaziz Barik incarne un parcours politique singulier. À 28 ans, cet ancien créateur de contenu, connu sous le nom d'Oussama Barik, a réussi là où beaucoup de candidats issus des appareils traditionnels peinent à convaincre : transformer une notoriété populaire en légitimité électorale. Mais son véritable défi commence désormais à Rabat.

D'un village de montagne aux institutions du Royaume

Il est des trajectoires politiques qui semblent écrites longtemps à l'avance, façonnées par les réseaux d'influence, les carrières partisanes et les alliances électorales. Celle d'Abdelaziz Barik appartient à une autre catégorie.

Né le 15 mai 1998 à Imilchil, dans la province de Midelt, il grandit dans un environnement où les difficultés quotidiennes des habitants des montagnes ne relèvent pas de statistiques administratives, mais d'une réalité vécue.

Originaire du village d'Asentath, dans la commune de Bou Azmou, le jeune Abdelaziz connaît très tôt les contraintes imposées par l'éloignement des infrastructures publiques.

Son parcours scolaire illustre ces obstacles : selon plusieurs portraits publiés après son élection, il devait parcourir près de quinze kilomètres à pied pour rejoindre son établissement scolaire.

Dans ces régions où l'hiver peut isoler des villages entiers, l'accès à l'éducation, aux soins ou à une simple route praticable constitue parfois un défi permanent.

Cette expérience personnelle contribue à façonner la vision du jeune homme, qui entreprend ensuite des études universitaires en géographie, une discipline étroitement liée aux questions de territoire, d'aménagement et de développement régional.

Oussama Barik : un téléphone pour donner une voix aux oubliés

Bien avant de devenir député, Abdelaziz Barik se fait connaître sous le pseudonyme d'Oussama Barik.

Son principal outil de communication n'est alors ni une permanence politique ni une tribune électorale, mais un téléphone portable.

À travers les réseaux sociaux, notamment Facebook, il documente les conditions de vie dans les territoires montagneux de Midelt. Routes dégradées, villages enclavés, difficultés des agriculteurs, insuffisance des équipements publics ou préoccupations des jeunes : ses interventions abordent des sujets rarement placés au centre des débats nationaux.

Son discours, parfois critique, se distingue par son ancrage territorial. Il parle de situations que ses abonnés reconnaissent, souvent parce qu'ils les vivent eux-mêmes.

Progressivement, une relation de proximité se construit avec une partie de la population locale.

Contrairement aux personnalités politiques dont la notoriété repose d'abord sur une investiture partisane, celle de Barik précède son engagement électoral.

Cette particularité devient l'une des clés de son ascension.

 
 

Septembre 2026 : une victoire qui déjoue les pronostics

Lorsque les élections législatives du 23 septembre 2026 approchent, Abdelaziz Barik décide de franchir une nouvelle étape.

Il se présente dans la circonscription de Midelt sous les couleurs du Parti de l'unité et de la démocratie (PUD), une formation qui ne dispose pas des mêmes moyens ni de l'implantation politique que les grandes organisations nationales.

Sa campagne repose largement sur sa notoriété numérique, sa connaissance du terrain et la mobilisation de jeunes volontaires.

Le résultat constitue l'une des surprises du scrutin.

Barik remporte un siège à la Chambre des représentants, permettant au PUD de faire son entrée dans le Parlement issu des élections de 2026.

Sa victoire est d'autant plus symbolique qu'elle intervient dans une circonscription historiquement marquée par l'influence de personnalités et de familles politiques établies.

L'histoire ne se résume pas à celle d'un influenceur devenu député. Elle témoigne également d'une évolution possible du rapport entre électeurs et représentation politique.

À Midelt, une partie des citoyens a choisi un candidat dont elle connaissait les interventions bien avant le lancement de la campagne électorale.

Un député qui entend conserver sa liberté de parole

Son arrivée au Parlement, au début du mois d'octobre, marque le passage d'une expression citoyenne relativement libre à l'exercice d'une responsabilité institutionnelle.

Barik affirme vouloir préserver la proximité qui a contribué à sa popularité.

Dans des déclarations accordées à la presse, il présente son élection comme le résultat des sacrifices consentis par les familles de Midelt pour l'éducation de leurs enfants et le développement de leur région.

Il assure vouloir poursuivre son engagement en faveur des zones montagneuses tout en respectant les règles et les exigences de la fonction parlementaire.

Une posture qui devra désormais se traduire dans les faits. Car dénoncer une difficulté dans une vidéo et obtenir une réponse gouvernementale à travers les mécanismes parlementaires sont deux exercices sensiblement différents.

 

Sa première intervention : les petits agriculteurs au cœur du débat

Ce jeudi 22 octobre 2026, Abdelaziz Barik a effectué une première intervention remarquée à la Chambre des représentants, lors des discussions consacrées au programme gouvernemental.

Le nouveau député de Midelt a notamment interpellé le gouvernement sur la situation des petits agriculteurs et des populations nomades.

Il a défendu l'idée que les aides publiques doivent bénéficier prioritairement aux exploitants dont l'activité agricole constitue avant tout un moyen de subsistance, plutôt qu'une source de revenus commerciaux.

Barik a également soulevé la question des procédures de construction dans le monde rural, estimant que certaines simplifications annoncées ne prennent pas suffisamment en considération les difficultés foncières propres aux villages.

Autre exemple avancé : l'exonération annoncée pour les ménages dont la facture d'électricité ne dépasse pas 100 dirhams. Le député s'est interrogé sur son application aux familles qui utilisent encore des systèmes de recharge prépayée.

Cette intervention constitue un premier indicateur de ses priorités parlementaires : faire entrer les réalités du Maroc rural dans les discussions nationales.

 

Une nouvelle génération politique face aux anciennes habitudes

L'élection d'Abdelaziz Barik dépasse le seul cadre de la province de Midelt.

Elle pose une question plus large : les réseaux sociaux peuvent-ils devenir une véritable voie d'accès à la représentation politique au Maroc ?

Pendant longtemps, la réussite électorale a été largement associée à la puissance des structures partisanes, aux réseaux locaux et aux moyens mobilisés pendant les campagnes.

Barik propose, par son parcours, un modèle différent : construire d'abord une audience autour de problématiques concrètes, gagner progressivement la confiance d'une population, puis transformer cette relation en engagement politique.

Cela ne signifie pas que les réseaux sociaux remplacent les partis ou les institutions. Son élection démontre plutôt qu'une personnalité extérieure aux cercles traditionnels peut désormais s'appuyer sur le numérique pour se faire une place dans le jeu politique.

Mais cette popularité présente aussi ses limites. Un élu ne peut se contenter d'être visible. Il doit être capable de défendre des propositions, de participer au travail législatif et de rendre compte de son action.

Le véritable test commence maintenant

Abdelaziz Barik bénéficie aujourd'hui d'un capital politique particulier : celui d'un homme dont la parole publique s'est construite autour des difficultés de son territoire avant même son élection.

Cette authenticité perçue constitue sa principale force.

Elle pourrait néanmoins devenir une source d'exigence supplémentaire. Les habitants qui ont soutenu sa candidature attendront davantage qu'une dénonciation régulière des problèmes qu'ils connaissent déjà.

Ils voudront des résultats sur le désenclavement, les infrastructures, l'éducation, la santé, l'agriculture et les perspectives économiques offertes aux jeunes.

Le nouveau député devra également apprendre à évoluer dans un environnement parlementaire où les compromis, les procédures et les rapports de force imposent leurs propres contraintes.

Son défi sera de conserver la proximité qui a fait sa réputation tout en acquérant l'efficacité institutionnelle indispensable à son mandat.

De la parole à l'action, le rendez-vous avec l'histoire

Il serait prématuré de présenter Abdelaziz Barik comme le symbole d'une révolution politique. Il serait tout aussi réducteur de voir en lui un simple phénomène des réseaux sociaux.

Son parcours raconte d'abord quelque chose du Maroc contemporain : l'aspiration de citoyens vivant loin des grands centres urbains à être représentés par des personnalités qui connaissent directement leurs préoccupations.

De l'enfant qui parcourait des kilomètres pour rejoindre son école au député qui défend aujourd'hui les intérêts des populations montagneuses, le chemin est remarquable.

Reste la question essentielle, celle à laquelle aucun nombre d'abonnés ni aucune victoire électorale ne peuvent répondre à sa place : Abdelaziz Barik parviendra-t-il à transformer la voix des montagnes en décisions concrètes ?

C'est à cette réponse, bien davantage qu'à sa popularité numérique, que se mesurera désormais son parcours politique.

L’AUTEUR

Youssef Boulayoun ↗

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