La Coupe d’Afrique des Nations 2025 se joue au Maroc. Sur le terrain, la compétition suit son cours. Dans les flux numériques, en revanche, un autre match se déroule : celui de la perception. Depuis le lancement du tournoi, des comptes très suivis sur X redoublent de publications visant le Maroc, ses institutions et l’organisation de l’événement, avec une constance qui interroge moins le débat que la stratégie.
Parmi ces comptes, “بوابة الجزائر – Algeria Gate” et le profil “أحمد حفصي || HAFSI AHMED” (qui se présente comme journaliste) diffusent un volume soutenu de contenus à tonalité accusatoire. Les thèmes reviennent en boucle : incapacité supposée à organiser, suspicion sur la logistique, insinuations sur les autorités, ou encore “alertes” présentées comme des informations, sans qu’un dispositif clair de vérification ne soit proposé au lecteur.
La première mécanique observable est celle du doute permanent. Le procédé est simple : formuler une question, annoncer des “interrogations”, suggérer un malaise, puis laisser l’audience combler les vides. Cette technique n’a pas besoin de preuves solides pour fonctionner : elle a seulement besoin de répétition. Sur la CAN 2025, elle vise un objectif précis : déplacer le débat du factuel vers l’émotionnel, et faire passer l’organisation d’un tournoi pour un problème politique.
Deuxième mécanique : l’“alerte” comme format de persuasion. Les publications les plus virales sont souvent celles qui s’habillent du vocabulaire de l’urgence : “alerte info”, “interdiction”, “scandale”, “incident”, “preuve”. Or, lorsque le contenu n’est pas relié à une source officielle traçable ou à un document identifiable, l’alerte devient un outil d’influence, pas un élément d’information. Elle sert à créer un climat, pas à décrire un fait.
Troisième mécanique : l’amalgame institutionnel. Une critique sportive peut être légitime. Une critique de gestion peut l’être aussi, à condition d’être sourcée et contradictoire. Mais quand le propos glisse vers une mise en cause systématique des institutions, avec une tonalité de procès d’intention, la finalité change : il ne s’agit plus d’expliquer, mais de délégitimer.
Cette dynamique n’est pas anodine, car la CAN n’est pas un match isolé : c’est un événement continental, un enjeu d’image et d’économie, une vitrine d’infrastructures, d’accueil et de sécurité. Dégrader l’image de l’organisation revient à politiser un espace qui, par nature, devrait rassembler. Le football africain gagne quand les supporters débattent d’arbitrage, de tactique ou de performances. Il perd quand les plateformes deviennent des arènes de soupçon permanent.
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Chronexium ne plaide pas pour l’absence de critique. Il plaide pour une critique adulte : datée, vérifiable, documentée, et ouverte à la contradiction. La responsabilité est partagée. D’un côté, les comptes influents doivent assumer une forme d’éthique éditoriale : quand on se revendique “journaliste”, on ne peut pas publier comme un militant anonyme. De l’autre, le public doit réapprendre un réflexe simple : exiger la preuve, distinguer un fait d’une insinuation, et comprendre que la viralité n’est pas un label de vérité.
La CAN 2025 est en cours. Sur le terrain, le Maroc est jugé par les résultats, l’organisation et l’expérience vécue par les équipes et les supporters. Sur les réseaux, il est jugé par des récits. Entre les deux, une question demeure : voulons-nous suivre une compétition… ou suivre une timeline qui fabrique des ennemis ?
