Points-clés
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En 2024, plus de 340 000 marchés publics ont été attribués, pour un total dépassant 220 milliards de dirhams.
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Le nouveau décret sur la commande publique, entré en vigueur en septembre 2023, visait à instaurer une concurrence équitable et la digitalisation totale du processus.
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Pourtant, une poignée d’entreprises continuent de capter la majorité des contrats de travaux, notamment dans le BTP et les infrastructures.
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La sous-traitance opaque, les retards de paiement et les appels d’offres “ciblés” restent des freins majeurs à la concurrence réelle.
I. Un système lourd, mais vital pour l’économie
Les marchés publics représentent entre 17 et 20 % du PIB marocain. Chaque dirham investi par l’État irrigue des centaines d’entreprises, des bureaux d’études aux PME régionales. Dans un contexte de relance économique et d’investissements structurants (ports, routes, énergie, eau, hôpitaux), la commande publique agit comme moteur central de croissance et de création d’emplois.
Mais derrière les chiffres spectaculaires se cache une réalité : la concentration des attributions. Selon les données consultées, 10 à 12 grands groupes remportent près de 60 % des montants attribués dans les marchés d’infrastructures, un schéma presque inchangé depuis dix ans.
II. La réforme de 2023 : ambition et limites
Le décret n° 2.22.431 sur la commande publique, entré en vigueur le 1er septembre 2023, a introduit plusieurs nouveautés :
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Obligation de passer par la plateforme nationale des marchés publics ;
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Évaluation environnementale et sociale des projets ;
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Attribution pondérée par la valeur technique plutôt que le seul prix ;
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Encadrement des avances de paiement et des délais de règlement.
Malgré ces avancées, les acteurs interrogés évoquent un problème de mise en œuvre : les textes sont appliqués de manière inégale selon les administrations, et certains appels d’offres continuent d’être “rédigés pour un profil précis”.
III. Concentration et favoritisme : l’autre visage de la commande publique
Les entreprises proches du pouvoir économique ou dotées de relais institutionnels sont souvent mieux positionnées pour anticiper les appels d’offres. L’accès à l’information en amont, les exigences administratives complexes et la lourdeur des cautions éliminent de facto nombre de PME.
La sous-traitance, angle mort du contrôle
Beaucoup de chantiers sont en réalité exécutés par une chaîne de sous-traitants qui ne figurent pas officiellement sur les marchés. Cela permet aux grands titulaires de réduire les coûts, mais crée un effet pervers : la valeur ajoutée locale réelle se dilue, et les conditions de travail échappent parfois au contrôle des maîtres d’ouvrage.
IV. Transparence numérique : progrès réels, zones d’ombre persistantes
La plateforme nationale des marchés publics (www.marchespublics.gov.ma) a constitué une révolution dans l’accès aux données.
Pour la première fois, citoyens, journalistes et entreprises peuvent suivre les avis, les adjudicataires et les montants.
Mais cette transparence s’arrête souvent à la publication des résultats. Les rapports d’exécution, avenants, pénalités et contrôles postérieurs restent peu accessibles.
Une analyse des données disponibles montre aussi une récurrence d’attributions aux mêmes entreprises pour les marchés d’eau potable, de routes rurales et de construction hospitalière.
V. Quand la lenteur administrative coûte cher
Les retards de paiement constituent un autre point noir. De nombreuses PME attendent plus de 6 à 8 mois pour être réglées, ce qui pèse lourdement sur leur trésorerie.
La généralisation du paiement électronique promise dans la réforme n’est que partiellement opérationnelle.
Dans certains cas, ces délais conduisent des sous-traitants à revendre leurs créances à des intermédiaires, créant un marché parallèle du financement des marchés publics.
VI. Vers une commande publique “intelligente” ?
Les experts appellent à la mise en place d’un système de notation publique des prestataires (qualité, délais, impact social) et d’un registre des sous-traitants obligatoire.
Certains proposent aussi d’expérimenter la blockchain pour la traçabilité des étapes de validation et des paiements.
Mais sans volonté politique d’ouvrir réellement les données, ces réformes risquent de rester des slogans.
Encadré — Chiffres clés
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340 000 marchés publics attribués en 2024
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Montant global estimé : 220 Mds MAD
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60 % des montants attribués à 12 groupes
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Délai moyen de paiement : 6 à 8 mois
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Environ 45 % des PME déclarent ne plus participer aux appels d’offres publics par manque de confiance dans le processus.
FAQ
Quel est l’objectif de la réforme de 2023 ?
Instaurer plus de transparence, d’équité et de rapidité dans la commande publique marocaine.
Pourquoi le favoritisme persiste-t-il ?
Parce que les barrières administratives, les clauses restrictives et l’accès inégal à l’information continuent d’avantager les mêmes acteurs.
Que peut changer la digitalisation ?
Elle facilite le contrôle citoyen, mais reste incomplète sans ouverture totale des données d’exécution et des sous-traitances.
Sources
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Ministère de l’Économie et des Finances — Bilan 2024 de la commande publique.
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Décret n° 2.22.431 relatif à la commande publique, Bulletin officiel du 8 juin 2023.
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Portail national des marchés publics (marchespublics.gov.ma).
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Cour des comptes — Rapport annuel 2024.
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CGEM — Livre blanc sur la commande publique et l’accès des PME.
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HCP — Indicateurs de participation des entreprises aux marchés publics.
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Articles de L’Économiste, Médias24, TelQuel et Le Desk sur la réforme et les données de marché 2023-2025.
