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CAN 2025 au Maroc : derrière les listes officielles, quelles nations assument vraiment leur statut de favori ?

Le Maroc arrive en favori logique de “sa” CAN, devant l’Algérie, le Sénégal, l’Égypte ou la Côte d’Ivoire. Pourtant, blessés, crises internes, calendrier tronqué et pression politique brouillent la hiérarchie. À quelques jours du coup d’envoi, la vraie bataille commence : assumer, ou non, ce statut de favori.

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CAN 2025 au Maroc : derrière les listes officielles, quelles nations assument vraiment leur statut de favori ?

Le décor est posé. Du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, la CAN s’installe au Maroc pour une édition déjà annoncée comme historique : six villes, neuf stades, plus de 800 000 billets écoulés avant même le match d’ouverture, des affiches à guichets fermés pour le pays hôte comme pour plusieurs grandes sélections. Dans les tableaux des bookmakers comme dans les “power rankings” publiés en cascade, un noyau dur se dégage : Maroc, Algérie, Sénégal, Égypte, Nigeria, Côte d’Ivoire. Reste une question, moins statistique : qui assume vraiment ce statut de favori, et qui le subit ?

Le Maroc, favori assumé… ou sur-exposé ?

Hôte de la compétition, fort d’une demi-finale de Coupe du monde et d’une génération installée au sommet du football continental, le Maroc coche toutes les cases du favori naturel. Il domine la plupart des modèles de prédiction, bénéficie de l’avantage du terrain, d’un public massif et d’un tissu d’infrastructures rarement égalé en Afrique. Sa phase de qualification, maîtrisée de bout en bout, a renforcé l’idée d’une équipe qui arrive lancée, sûre de ses forces et riche d’un vivier élargi.

Mais c’est précisément ce statut de favori “évident” qui ouvre un autre front, plus invisible. Dans le groupe A, les Lions de l’Atlas croiseront le Mali, la Zambie et les Comores, soit trois équipes qui n’ont rien à perdre et beaucoup à gagner en faisant tomber le pays hôte. Le moindre faux pas sera lu comme un scandale national, chaque changement de système comme un micro-référendum sur le sélectionneur. Le Maroc n’a plus remporté la CAN depuis 1976 et a souvent souffert de la pression lorsque le trophée semblait “à portée de main”. Assumer son statut de favori, pour cette génération, c’est autant une question de football que de gestion émotionnelle.

Sénégal et Algérie, favoris en quête de rachat

Le Sénégal aborde le tournoi avec l’étiquette paradoxale de favori en reconquête. Champion d’Afrique en 2021, sorti prématurément lors de l’édition 2023 en Côte d’Ivoire, il arrive au Maroc avec un effectif toujours dense, une colonne vertébrale expérimentée et la volonté déclarée de prouver que la première étoile n’était pas un accident heureux. Le style de jeu reste lisible, la culture de la compétition aussi, mais la dynamique récente est moins spectaculaire. Une partie de la pression porte sur la capacité de cette équipe à se réinventer offensivement et à ne pas s’en remettre uniquement à quelques individualités.

L’Algérie, elle, traîne encore le fantôme d’une élimination au premier tour en 2023 après avoir abordé le tournoi précédente en champion en titre. Sur le papier, la qualité individuelle demeure, la profondeur de l’effectif également. Mais le contexte est plus chargé : rivalité ouverte avec le Maroc, tension politique qui déborde sur le football, attente démesurée autour d’une “réparation” sportive. Pour les Verts, assumer le statut de favori signifie parvenir à isoler le terrain du reste, à stabiliser un collectif souvent bousculé par des polémiques autour des choix de joueurs et des résultats en dents de scie.

Égypte et Nigeria, géants historiques à double visage

L’Égypte reste, par son palmarès, le mètre étalon de la CAN. Sept titres, une culture de la compétition unique, une capacité à gérer les matchs serrés que peu d’équipes peuvent revendiquer. Avec Mohamed Salah toujours en tête d’affiche, les Pharaons arrivent au Maroc avec un respect automatique, presque instinctif. Pourtant, leur statut de favori est plus fragile qu’il n’y paraît. Le jeu produit, les difficultés à renouveler certaines lignes et la dépendance à quelques cadres suscitent des doutes. L’Égypte a souvent compensé ces fragilités par un pragmatisme extrême. La question est de savoir si ce pragmatisme suffira dans un tournoi où plusieurs équipes ont atteint un niveau tactique et physique proche des standards européens.

Le Nigeria vit, lui, dans un paradoxe presque permanent. Sur le papier, le vivier offensif est l’un des plus impressionnants du continent : attaquants en forme dans les grands championnats, profils variés, profondeur de banc. Mais la sélection souffre régulièrement d’inconstance, de choix tactiques contestés et de difficultés à transformer ce potentiel en domination claire sur la scène continentale. Les Super Eagles arrivent au Maroc avec l’étiquette de favori “par talent”, plus que par cohérence collective. Assumer ce statut suppose de résoudre, en quelques semaines, des problèmes structurels que plusieurs campagnes précédentes n’ont pas réglés.

La Côte d’Ivoire, championne en titre sous surveillance

Championne sortante, la Côte d’Ivoire ne peut échapper à l’étiquette de prétendante sérieuse. Elle a déjà montré, en 2023, sa capacité à renverser des scénarios improbables et à capitaliser sur la force de son réservoir offensif. Mais une défense parfois friable, un milieu en reconstruction et une transition générationnelle inachevée rendent son statut de favori plus nuancé. Les Éléphants ne sont plus l’équipe “à battre” par définition, mais ils restent un obstacle majeur dans n’importe quel tableau final. Leur capacité à assumer ce rôle dépendra autant de la fraîcheur de certains cadres que de l’émergence d’un leadership clair dans le vestiaire.

Les outsiders qui n’aiment pas ce mot

Autour de ce cercle de favoris explicites gravitent plusieurs sélections qui refusent l’étiquette d’outsider “sympathique”. Le Mali, placé d’emblée dans le groupe du Maroc, affiche depuis plusieurs années une génération dense, capable de rivaliser en intensité avec n’importe qui. La Tunisie, souvent sous-estimée, reste une machine à sortir des poules et à perturber les favoris par son expérience des matchs fermés. Le Cameroun, malgré ses turbulences internes, conserve une culture de la CAN et une capacité à se transcender dans les grands rendez-vous. Quant à la RD Congo, elle avance masquée mais dispose d’arguments offensifs et d’un potentiel de surprise élevé sur un format de tournoi court.

Pour ces équipes, assumer ou non un statut de favori ne se pose pas dans les mêmes termes. Elles savent que la lumière, les conférences de presse et les projections de tableaux se concentrent sur le Maroc, le Sénégal, l’Algérie ou l’Égypte. Elles construisent leur discours sur un registre différent : celui de la “poule piégée”, de l’outsider qui profite du moindre doute du géant, de la sélection qui n’a rien à perdre. C’est souvent dans ce décalage entre absence de pression apparente et exigence interne maximale que naissent les grandes surprises.

Une hiérarchie bousculée par le calendrier et la politique

À cette lecture sportive s’ajoutent deux facteurs qui brouillent encore un peu plus la hiérarchie : le calendrier et la politique. La décision de la FIFA de repousser la date de mise à disposition des joueurs réduit le temps de préparation des sélections à quelques jours avec leur effectif au complet. Les équipes qui dépendent fortement de joueurs évoluant dans les grands championnats européens se retrouvent mécaniquement désavantagées. À l’inverse, celles qui comptent davantage sur des joueurs de championnats locaux ou régionaux peuvent espérer une meilleure continuité de travail.

Dans le même temps, la CAN 2025 devient le théâtre de rivalités qui dépassent largement le rectangle vert, à commencer par la relation tendue entre le Maroc et l’Algérie. Les appels au boycott, les débats sur la politisation du sport, les surenchères médiatiques ajoutent une couche de pression symbolique aux confrontations potentielles entre les deux sélections. Pour les joueurs comme pour les staffs, assumer le statut de favori implique aussi de ne pas se laisser engloutir par ces récits parallèles.

Assumer le statut de favori : une question de récit autant que de football

Au fond, ce qui distingue les vrais favoris des favoris “désignés”, ce n’est pas seulement la qualité de leur effectif ou la hauteur de leurs cotes chez les bookmakers. C’est leur capacité à maîtriser le récit qui les entoure. Le Maroc doit montrer qu’il peut gagner chez lui sans se laisser écraser par l’attente. Le Sénégal doit prouver que sa première étoile n’était pas un pic isolé. L’Algérie doit sortir de la logique du “tout ou rien” qui l’a plombée récemment. L’Égypte doit démontrer qu’elle n’est pas qu’un palmarès. Le Nigeria doit transformer un vivier en équipe. La Côte d’Ivoire doit assumer d’être championne en titre sans se réfugier dans son exploit passé.

À quelques jours du coup d’envoi, aucune de ces sélections n’a encore répondu à toutes ces questions. Les listes officielles ont été publiées, les discours de prétendants aussi. La CAN 2025 fera le tri, non seulement entre ceux qui savent gagner des matchs, mais entre ceux qui savent vivre avec cette phrase collée sur le front : “vous êtes les favoris”. À Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Fès ou Agadir, c’est peut-être là que se jouera la vraie différence.

L’AUTEUR

Youssef Boulayoun ↗

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